Biélorussie : la dernière dictature d’Europe

Biélorussie

Bienvenue dans un pays où la population est témoin d’actes de manipulation de l’Etat par le biais de la propagande, de la censure, des arrestations ou encore de l’intimidation. La liberté d’expression est officieusement proscrite, et les droits de l’Homme sont bafoués.

Temps de lecture : 11 minutes

Informations générales

 

Biélorussie

Nom officiel : République de Bélarus

Autre nom : Biélorussie

Capitale : Minsk

Système d’Etat : République Présidentielle

Superficie : 207 600 km²

Population : 9 589 700 habitants

Langues : russe, biélorusse

Monnaie : rouble bélorusse

Peine de mort : maintenue

 

Définition de République : « Forme d’organisation politique dans laquelle les détenteurs du pouvoir l’exercent en vertu d’un mandat conféré par le corps social. »

Définition de Dictature : « Régime politique dans lequel le pouvoir est détenu par une personne ou par un groupe de personnes (junte) qui l’exercent sans contrôle, de façon autoritaire. »

Extrait de la loi sur l’Information, article 5 : Inadmissibilité des Abus liés à la Liberté de l’Information :

« L’utilisation des médias ne doit pas être autorisée pour les raisons suivantes :
La diffusion d’informations diffamant l’honneur et la dignité du Président de la République de Belarus, des hauts fonctionnaires dont le statut est établi par la Constitution de la République de Belarus,
La diffusion d’informations sur les agissements de partis politiques, syndicats ou autres associations publiques qui ne sont pas enregistrés par l’Etat […] »

Biélorussie :  Comment le gouvernement contrôle la population ?

Edito

Alexandre-Loukachenko_0La Biélorussie, est un pays enclavé à l’ouest de la Russie. Officiellement République, la Biélorussie est gouvernée depuis 1994 par la même personne : le Président Alexandre Loukachenko. Ces 21 années de règne ont été rendues possible grâce à un référendum voté en 2004, qui stipule que le chef de l’état peut se représenter un nombre illimité de fois aux élections présidentielles. D’ailleurs, ce dernier a été ré-élu pour un cinquième mandat en 2015 avec 83,49% des suffrages. Les élections ont d’ailleurs été salué par l’ONU qui a félicité Loukachenko pour le bon déroulement du dépouillement. La réalité est pourtant différentes des papiers officiels. Depuis qu’il est président, des doutes planent sur les résultats des élections présidentielles. Sauf que cette fois, des journalistes emprisonnés pour avoir critiqué la politique sur place, ont été libérés quelques temps avant le lancement des votes. Dans un pays où les médias sont contrôlés par le chef de l’état, ces libérations sont notables. Elles sont perçues par l’ONU comme une première étape vers le respect de la liberté d’expression. C’est pourquoi l’organisation souhaite encourager le président dans ce sens. On sait pertinemment que c’était un acte calculé et qu’il y a de grandes chances que la censure soit toujours le mot d’ordre de Loukachenko.

 

La censure dans toute sa splendeur

La Freedom House a attribué une note de 10/60 à la Biélorussie sur le barème suivant : 0 aucune liberté, 60 pour les pays favorisant au mieux la liberté des civiles. Le Bélarus a été reconnu l’un des pays les moins libres du monde par Reporters sans Frontière, est à la 157e place sur 180 du classement de la liberté de la presse en 2015. Ces résultats sont justifiés au regard du nombre de journaux qui ont dû fermer ou dont la publication et l’impression ont été interdites dans le pays. Ces mesures peuvent être prises en toute simplicité, sous couvert de banales mesures administratives : deux avertissements du Ministère de l’Information ou d’un magistrat suffisent à entraîner la fermeture définitive d’un journal, sans voie de recours.

Ainsi, en 2009, une nouvelle loi, extrêmement restrictive, est votée. Elle entraîne encore une détérioration de la situation déjà critique de la liberté de la presse. En effet, écrire, imprimer, ou encore publier des articles pouvant « discréditer la République de Belarus » est prohibé, et donc puni. Les procédures de fermeture des journaux et des points de vente ont été simplifiées. Le but est d’éliminer les médias indépendants du pays.

Ainsi, la fermeture de l’hebdomadaire Pagonya en novembre 2001 pour la publication d’un article mettant en cause le Président dans la disparition d’opposants, a suscité l’intérêt général et a mobilisé des organisations de défense des droits de l’homme afin de soutenir le journal.

Les journaux indépendants subissent une pression économique. Ils sont grandement handicapés par les mesures discriminatoires appliqués par l’Etat, l’augmentation des frais postaux et de distribution, et l’interdiction de se faire financer par des fonds provenant de l’étranger. La seule maison d’édition privée qui imprimait la plupart des journaux indépendants a été contrainte de cesser ses activités, ses presses ayant été confisquées pour « taxes impayées »….

Les forces de l’ordre, quant à elles, refoulent et interpellent les journalistes, photographes et cameramen qui participent à des manifestations à l’encontre du gouvernement en place. La police et la douane sont utilisées pour confisquer leur matériel, comme lors des élections présidentielles de 2001, pendant lesquelles de nombreux journaux ont été victimes de descentes de policiers dans leurs bureaux, les voyant substituer équipement et tirages. Par ailleurs, de mystérieux cas de cambriolages des rédactions laissent perplexe : par exemple, en 2001, l’indépendant Dyen a vu son matériel informatique être saccagé pour la seconde fois, alors que les lieux étaient gardés par la police…

De plus, même si l’on a constaté que les dernières élections n’ont pas entraîné des arrestations exagérées, les journalistes sont toujours confrontés au refus catégorique des autorités de se renseigner sur les activités des comités électoraux, les procédures de vote, et leur résultat.

Propagande ou le contrôle de la pensée

Les autorités bélarusses ont le monopole de la majorité des médias, des systèmes d’impression et de distribution du pays. Ils servent ainsi de propagande au service du gouvernement. La Compagnie de télévision et de radio biélorusse est une entreprise nationale qui gère quatre chaînes de télévision et cinq stations de radios. Elle favorise l’opinion publique sur Loukachenko grâce à des émissions de télévision favorable au Président. Pendant les élections, que les chaînes de télévision couvrent, on constate d’ailleurs que le dictateur est totalement mis en avant, ne laissant pas de place aux autres candidats.

« Les programmes télévisés bélarusses ne traitent que des « bienfaits » du pouvoir en place »  m’a annoncé  il y a quelques années Anna H, jeune réfugiée politique bélarusse vivant maintenant à Tours. « Les informations sont vraiment ridicules à regarder et ne visent que les CSP ouvrières, l’électorat principal de Loukachenko. »

Les biélorusses ont cependant accès à l’information par l’intermédiaire des chaînes russes qui  soutiennent implicitement Loukachenko. Mais, via une loi à l’encontre des antennes paraboliques, l’accès aux autres chaînes est plus que limité. Il est en effet bizarre que pour installer une antenne, un biélorusse doit faire une demande à la préfecture, qui lui autorise ou non l’autorisation d’en posséder une.

« L’Etat contrôle la plus grande majorité des journaux, dont le journal « Sovietskaïa Bielorussia ». Il s’agit d’une belle vitrine pour l’Etat, dont l’unique objectif est, à l’image de nombreux autres journaux, de servir le Président, vantant les mérites du pouvoir et discréditant les opposants et organismes des droits de l’homme. « Sovietskaïa Bielorussia » concentre à lui seul plus de la moitié des tirages du pays, avec une moyenne de 500 000 exemplaires. Son succès s’explique notamment par les avantages de distribution dans le pays entier dont il dispose, mais également grâce aux campagnes publicitaires dans les villes et à la télévision qui le mettent en avant. Économiquement aussi il est gagnant : il bénéficie de tarifs postaux réduits et reçoit, avec d’autres journaux de l’Etat, une aide financière et légale, rendant l’inscription obligatoire aux institutions et établissements publics.

Sachant tout cela, nous ne pouvons que rire de la « 19e exposition spéciale internationale » intitulée «  les médias de masse au Belarus », qui a eu lieu en mai 2015. Elle était accompagnée d’une cérémonie durant laquelle, le vice-Ministre de l’Information Igor Lutsky, a décerné des prix aux médias nationaux comme « le meilleur photoreporter », « meilleur reporter de la République » etc. Lors de son discours, il a d’ailleurs ajouté que « que la presse et l’information ont une signification particulière dans le monde aujourd’hui ».

 

Internet limité

En 2013, seuls 54,3% de la population biélorusse était équipée d’internet, contre 81,9% en France. Cet outil, tout comme les médias, est totalement contrôlé par l’Etat. L’exemple le plus concret : On recense un seul fournisseur à internet nommé Beltelekom, qui dépend du ministère des télécommunications. En 2010, une loi entre en vigueur : toutes les personnes utilisant internet doivent s’identifier et décliner leur identité afin de se connecter en ligne. Loukachenko a créé une agence dont la fonction principale est de veiller à l’application de la loi internet. Et, surprise, il a mis son fils à la tête de cette entreprise. Les fournisseurs d’accès (comme les cybercafés) doivent enregistrer les données de leurs clients, données analysées par le KGB. Si un internaute d’un cybercafé va sur des sites pornographiques (interdits en Biélorussie), le fournisseur peut être sanctionné par l’Etat car il est désigné comme responsable.  Un pas de plus vers une surveillance accrue

Loukachenko, a d’ailleurs affirmé, à son arrivée au pouvoir en 1994, qu’il voulait « protéger la sécurité nationale », notamment en contrôlant l’information diffusée sur le web. Il a donc tenu parole : les sites internet sont surveillés et ceux qui suivent une idéologie différente de celle du président, ou qui publient des caricatures de Loukachenko, sont supprimés ou bloqués. Il faut dire que Monsieur le Président est sensible à tout ce qui ose le ridiculiser.

Ainsi, en mars 2006, lors de la campagne pour l’élection présidentielle, plusieurs sites critiques envers le chef de l’Etat, tel que charter97.org ou svoboda.org, ont mystérieusement disparu de la toile pendant plusieurs jours, certains à cause d’un virus apparu subitement. Il est arrivé la même chose aux sites de Milinkevich, et Kozylin, des candidats de l’opposition. Selon un rapport de l’Open Net Initiative, Beltelekom a bloqué l’accès à 37 sites internet (opposition et médias) le jour de l’élection . Internet a également été bloqué pour tous les internautes la journée du 25 mars 2007, lors de la manifestation contre le résultat du scrutin. Ce ne sont que quelques exemples parmi des centaines.

Plus récemment, fin 2014, la majorité des sites d’information indépendants ont disparu de la toile. Journalistes, blogueurs, membres de l’opposition… Tous se font persécutés.

 

Censure, propagande, mais aussi arrestations, étranges disparitions… Le Président Loukachenko contrôle les médias du pays et donc influence la pensée du peuple. Ce pouvoir lui permet de rester le seul candidat sérieux aux élections dans son pays. Des négociations pour les Droits de l’Homme au Bélarus ont lieu depuis des années avec l’Union Européenne, mais il semblerait que trouver une entente ne soit pas aisée.

La Biélorussie peut compter sur le soutien de plusieurs organisations non gouvernementales qui luttent pour la liberté d’expression dans le pays. La plus connue, l’Association Bélarusse de Journalistes (BAJ) est un syndicat professionnel sans but lucratif composé de journalistes et d’avocats unis autour d’un idéal de libre expression et de journalisme indépendant. BAJ fournit une aide gratuite aux journalistes et éditeurs en les représentant devant la justice. Elle se tient également porte-parole face à l’Etat. Malheureusement, son pouvoir reste limité face à Loukachenko.

L’opinion publique est grandement influencée par les médias. C’est la raison principale pour laquelle Loukachenko applique la censure. En interdisant les journalistes, blogueurs et autres à le dénigrer, il apparaît sans reproche. Or, cette privation de liberté d’expression, oppresse le peuple éduqué, qui souhaite du changement. Malheureusement, grand nombre de la population, notamment rurale, voit en Loukachenko le père de la Biélorussie. Ils ont peur du changement, et font confiance aux articles le décrivant comme la solution à tous les maux. La Biélorussie, pâle copie de son voisin la Russie, a besoin d’être guidée vers une nouvelle voie : celle du respect des droits de l’homme.

Pour aller plus loin :

Un article du blog Instinct Voyager – J’ai voyagé dans la dernière dictature d’Europe : la Biélorussie ! par  F.Dubesset en août 2012

Article de presse de Reporter Sans Frontières, Poursuites en cascade contre les journalistes indépendants, publié le mardi 18 novembre 2014

 

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6 Commentaires

  1. 17 mai 2016 / 14 h 44 min

    Merci pour cet article car c’est quelque chose que j’ignorais totalement !

    • 18 mai 2016 / 15 h 05 min

      Avec plaisir, j’adore rédiger ce genre d’article et faire connaître de nouvelles choses sur le monde qui nous entoure ! 🙂

  2. 10 avril 2016 / 16 h 44 min

    Un petit souvenir de nos TPE… 😉
    Ça ne s’est pas arrangé depuis malheureusement

    • 11 avril 2016 / 14 h 00 min

      J’avais tellement aimé faire ce TPE… C’était il y a 7 ans, tu te rends compte ???

  3. 24 janvier 2016 / 11 h 29 min

    C’est un article vraiment intéressant qui mériterais d’être plus souvent lu par certains qui ne comprennent pas tout. En tout cas, super travail de recherche et super explications !

    • 25 janvier 2016 / 10 h 47 min

      Merci beaucoup beaucoup ! Ces articles sont ceux qui connaissent le moins de succès, et pourtant, ce sont les plus importants pour moi.. ça me fait plaisir que tu apprécies 🙂

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